Mis à jour le 17/08/2018 à 22h01 | Publié le 17/08/2018 à 18h22

Detroit, une ville sinistrée qui renaît de ses ruines

REPORTAGE – Après une interminable descente aux enfers, la cité de l’auto et d’Aretha Franklin est de retour. Elle fourmille de projets, ses habitants ne la fuient plus.

FILE – This Monday, June 11, 2018 photo shows the historic Michigan Central Station in Detroit. Ford Motor Co. is embarking on a 4-year renovation of the 105-year-old depot and 17-story office tower just west of downtown. (AP Photo/Carlos Osorio)

En cette période d’hommages à Aretha Franklin, les regards se tournent vers sa ville, Detroit. Un mot les réunit: respect. Ce tube de la reine de la soul est aussi désormais le sentiment qu’inspire à ses habitants et aux investisseurs le berceau de l’automobile américaine qui ne suscitait que pitié depuis des années. La preuve: l’immense gare de la ville, symbole de sa décrépitude et à l’abandon depuis trente ans, vient d’être rachetée cet été par Ford. Le constructeur automobile compte transformer ses 18 étages et ses 48.000 m2 en un centre dédié à la voiture autonome et aux mobilités électriques. L’endroit, qui pourrait accueillir jusqu’à 5.000 salariés, a été ouvert au public pour l’occasion le temps d’un week-end après cette annonce, suscitant d’interminables files d’attente de curieux.

Après avoir touché le fond avec la faillite retentissante de la municipalité en 2013 (18 milliards de dollars de dettes), la métropole du Michigan se relève désormais. «La fin du déclin de la ville semble coïncider avec le retour des ménages blancs vers le centre-ville», note Henri Briche, doctorant français installé à Detroit dont il compare la décadence à celle de Saint-Étienne.

Il rappelle que les soucis de Detroit ont débuté dès les années 1950, bien avant le marasme automobile. La cité qui comptait alors 1,8 million d’habitants n’a cessé d’en perdre, surtout des blancs, pour chuter aujourd’hui à 680.000 personnes, à 82 % noires et 8 % hispaniques. Mais, signe d’un retour en grâce du cœur de Detroit auprès d’une population blanche à fort pouvoir d’achat, cette catégorie pèse désormais respectivement 30 % et 22 % des habitants des quartiers de Downtown et Midtown.

Au fil des ans, la ville avait vu sa criminalité s’envoler tandis que 80.000 bâtiments étaient laissés à l’abandon avant que l’arrivée du nouveau maire, Mike Duggan, en 2013, n’apporte un bol d’air frais. Exsangue, la municipalité s’est employée à faire le maximum avec un minimum de moyens. Elle a notamment effectué des réfections de route, réinstallé l’éclairage public dans divers quartiers et lancé un titanesque chantier de démolition de 40.000 bâtiments dont 14.000 ont déjà été menées à bien. Et s’est dotée d’un véritable service d’urbanisme rapidement passé de 6 à 36 personnes (architectes, paysagistes, historiens) pour redessiner les contours de la ville.

30 % à 40 % de la ville resteront inutilisables

«Tout le but de cette politique est d’attirer de nouveaux habitants sans perdre les actuels», souligne Mike Duggan. Dans une cité 3,5 fois plus grande que Paris, la tâche est immense mais les objectifs restent modestes. À l’horizon 2040, Detroit prévoit de gagner seulement 60.000 habitants et a choisi de concentrer ses efforts sur dix quartiers prioritaires, les plus denses. À la municipalité, la planification et les infrastructures et aux investisseurs privés, la construction et la rénovation.

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«L’approche de la Ville est réaliste, estime Xavier Mosquet, directeur associé au Boston Consulting Group, à Detroit. Elle cherche à stabiliser la situation, à recréer de l’emploi local et à renflouer ses caisses pour permettre de faire vivre cette ville.» Pour cet expert reconnu du marché américain des véhicules, les indicateurs économiques sont à nouveau au vert, notamment tirés par l’automobile, qui reste la principale activité. Pas de quoi pour autant retrouver pleinement la grandeur d’antan, dans cette métropole dont les infrastructures (métro aérien, immenses avenues) sont aujourd’hui surdimensionnées. «Près de 30 % à 40% de la surface de la ville resteront inutilisables, estime-t-il, et il faudra sans doute sacrifier la limite extérieure de la ville, celle qui s’étend entre 5 et 8 miles du centre.» Autrement dit, concentrer les efforts sur le centre-ville.

Les investisseurs privés, eux, sont à l’œuvre depuis quelques années pour faire des affaires, profitant des prix très bas et misant sur le renouveau. L’homme d’affaires Dan Gilbert, créateur de la société de prêt hypothécaire Quicken Loans, possède ainsi 70 % du Downtown (une centaine d’immeubles) et y a investi plus de 2 milliards de dollars. Il prévoit d’injecter encore la même somme. De son côté, la famille Ilitch qui a fait fortune dans la pizza a jeté son dévolu sur le quartier de Midtown où elle possède immeubles, clubs et infrastructures sportives (hockey, base-ball).

À côté de ces milliardaires, d’autres misent plus petit sur le marché des maisons individuelles dont les prix restent faibles pour l’instant au vu des loyers et du potentiel de plus-value.

C’est notamment le cas de EASY DETROIT ,  qui a déjà acheté et rénové des maisons revendues à des investisseurs francophones , à des tarifs moyens de 40.000 / 50.000 dollars et mises en location par une société locale  .

«C’est le bon moment pour faire le pari du redressement de Detroit».