Article publié par LE FIGARO le 2 mai 2019

City break: le meilleur de Detroit

Fermes urbaines, adresses arty faisant le buzz auprès de ses habitants… Le Figaro vous guide pour profiter de 48 heures dans la plus grande ville du Michigan (Midwest), dopée par le retour des investisseurs et des touristes.

Après des heures sombres, l’ancienne Motor City renaît de ses cendres, comme le veut sa devise. Depuis, elle avance à plusieurs vitesses. Le Downtown est devenu le petit empire du millionnaire Dan Gilbert alors que les autres quartiers se développent en misant sur le local avec la vague arty, les fermes urbaines, l’héritage multiculturel et le charme d’antan.

L’avantage de cette ville c’est qu’en deux jours vous aurez visité le principal. Il ne faudra pas s’étonner des nombreuses maisons et bâtiments encore abandonnés. La renaissance est allée à vitesse grand V. Il y a cinq ans à peine, celle que l’on compare constamment à Berlin attirait surtout pour son urbex et ses fêtes underground. La ville inspire les plus grands comme le réalisateur américain Jim Jarmush ou l’acteur Ryan Gosling. Le chaos, le silence, les usines désolées, des manoirs à perte de vue donnent matière à imaginer des décors dystopiens. Les vautours planent au-dessus du Downtown et de nombreux habitants vous diront que des cerfs avaient l’habitude de s’y balader. Detroit est une expérience, un terrain de jeu, un Eldorado des possibles sur lequel le millionnaire Dan Gilbert a parié. Il investit, invite de nombreuses start-up à venir tenter leur chance.

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Aujourd’hui, le centre-ville est de nouveau vrombissant. Bien évidemment, cette gentrification n’a pas beaucoup aidé la pauvreté environnante ni la communauté afro-américaine qui constitue 85% de la population. La situation semble encore plus absurde lorsque l’on sait que Dan Gilbert a dépensé sept millions de dollars pour construire un tramway qui relie le Downtown à Midtown, une partie infime de la ville, ne désenclavant en aucun cas les autres quartiers. Disons, cependant, que c’est un atout pour les touristes, à condition qu’ils ne soient pas pressés. Il faut quelques fois attendre une dizaine de minutes pour le voir doucement arriver au loin.

Ainsi, la renaissance suit son cours avec des hauts et des bas mais des avancées certaines. Dan Gilbert a même décidé de construire au centre-ville la plus haute tours du Michigan, tout en verre prévue pour 2020, juste en face du Shinola hotel qui vient d’ouvrir ses portes. Produit dérivé de la marque de montres 100 % made in Detroit, il se veut être un véritable symbole, «le salon du cente-ville» comme l’équipe aime à le mentionner. Dans le même complexe se trouve une de leur boutique, un restaurant italien, le San Morello et The Evening Bar, les spots à la mode.

Les nouvelles adresses ne cessent de se multiplier

Au cœur du Downtown, The Guardian est surnommé «La cathédrale de la finance» en raison de sa forme en croix.

Si les nouvelles adresses ne cessent de se multiplier, il reste tout de même des lieux iconiques de l’architecture Art déco, à voir pour se souvenir du passé fastueux de la ville. À Corktown, cet ancien quartier irlandais, devenu un haut lieu des branchés réside l’imposante gare. Symbole de l’Urbex pour beaucoup, elle est très rapidement devenue le monument devant lequel on se photographie. Tout juste rachetée par Ford, elle va être réaménagée par le studio d’architecture de renom Snohetta. Une grande nouvelle pour la ville qui mise beaucoup sur ce quartier.

Au cœur du Downtown, The Guardian, surnommé «La cathédrale de la finance» en raison de sa forme en croix, doit son inspiration aux églises de style gothique mais aussi aux ornementations amérindiennes. Si l’extérieur n’est que briques, l’intérieur dévoile un décor fastueux avec marbre, vitraux d’époque et surtout une impressionnante mosaïque polychrome réalisée, en partie, par Pewabic Pottery, un atelier datant de 1903 encore ouverts au public, côté Est de la ville, près de la rivière.

Profitez-en pour faire un crochet là-bas et visiter ce bâtiment. Une parfaite excuse pour s’arrêter chez Rose’s Fine Food, une des adresses préférées des locaux. Cet ancien dinner propose une cuisine de la ferme à l’assiette où tout est fait maison. Pour ceux qui souhaitent plus américain, Clique, le restaurant d’un Inn est totalement dans son jus. De grands pancakes imprégnés de sirop d’érable, un large choix d’omelettes… La véritable expérience.

Belle Isle, une île sur le detroit partagée entre l’Amérique et le Canada.

Le plus improbable est un peu à l’écart: une île sur le detroit partagée entre l’Amérique d’un côté, le Canada de l’autre, bien nommée Belle Isle. En été, le Tout-Detroit vient profiter de ce coin de verdure et y campe l’après-midi entière avec barbecue, transat et l’équipement nécessaire pour passer une journée comme à la plage. À visiter absolument: la serre et l’aquarium, les plus anciens des États-Unis, dessinés par Albert Kahn, l’architecte clé de la ville.

Diversité culturelle

Pour admirer un autre chef-d’œuvre, il faudra se rendre à Midtown où trône le plus grand temple maçonnique du monde. Si vous êtes de passage un dimanche, le 1er et 3ème du mois, il offre des visites guidées sur l’architecture du lieu, avec en prime la découverte de salles secrètes. Le bâtiment abrite aussi deux salles de concerts et les noms à l’affiche sont très souvent de qualité. Gardez un œil sur l’agenda.

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Pas très loin, se trouvent les deux meilleurs musées. Pour les aficionados d’art contemporain, le MOCAD offre des expositions toujours surprenantes et gratuites avec souvent des artistes locaux. Quant au DIA, celui-ci possède, avec ses 65.000 œuvres, une des plus riches collections d’art des États-Unis. Parmi les Van Eyck, Sol Lewit, Picasso il y a aussi et surtout la fameuse fresque de Diego Rivera, une critique du monde industriel et du capitalisme naissant de l’époque.

Pour ceux qui veulent découvrir le côté underground, Dabl’s Bead Museum est un passage obligé. Ici, Olayami Dabls a créé son petit royaume, une maison et un terrain vague transformés en art brut aux couleurs pétillantes et jeux de miroirs.

Dans une des habitations, des centaines de petites bouteilles remplies de perles trônent sur des étagères, sa collection depuis 1970. Une ambiance vaudoue à l’image d’une caserne d’Ali-Baba. Ainsi, Detroit ne serait-ce qu’elle est sans sa diversité culturelle. On saute du Motown Museum, à Mexicain Town en passant par Hamtramck, ce quartier autrefois habité par la communauté polonaise où désormais les populations indienne et yéménite ont pris leurs marques. Polish Village Cafereste cependant une institution. Véritable Taverne d’époque, le lieu est totalement dans son jus. À la carte, bien entendu, des pierogis en entrée, en plat principal de copieuses assiettes comme la traditionnelle saucisse Kielbasa.

Si vous préférez une cuisine moderne optez pour Grey Ghost, situé à Midtown. De l’entrée au dessert, chaque plat y est parfaitement équilibré. Même chose pour les cocktails. Côté menu, un vrai coup de cœur pour le filet de bœuf qui fond, tout simplement, dans la bouche. Même le tartare de bœuf avec son écrasé de pomme de terre, sa crème fraîche et sa cuillère de caviar est à la hauteur de la tradition française.

Profitez de cette soirée pour goûter les cocktails au Bad Luck Bar, un speak easy d’une rare qualité. Le lieu est intimiste et accueille peu de clients pour une équipe aux petits soins. En guise d’apéritif, toujours une tasse d’une concoction chaude en hiver, fraîche en été. Parfait pour commencer. Inspirés par les cartes du Taro, les cocktails, très élégants sont toujours surprenants. The Hammer, dévoilé sous sa coupole enfumée, est un whiskey infusé à la cacahuète. À noter que chaque mois, au menu, un spiritueux d’exception est proposé pour environ 200 dollars le verre. Ceux qui ont le courage de prolonger la nuit devraient s’immiscer dans un bar à jazz. Cliff Bell’s et son décor Art déco propose des concerts de qualité. Pour les plus aventuriers, dans un quartier plus excentré, il y a aussi l’iconique Baker’s Keyboard Lounge. Simple bar à sandwichs, il devient dans les années 1940 un passage obligé pour les plus grands noms et un rappel que la Motown est, tout de même, née à Detroit.

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